FORET DE LA LOBEKE - Juillet 2013

FORET DE LA LOBEKE - Juillet 2013
FORET DE LA LOBEKE - JUILLET 2013

03 August 2010

SUR L'IDENTITE ZOOLOGIQUE DU MOKELE - MBEMBE - François de Sarre - Zoologue. Août 2010

Près de trois semaines passées avec Michel Ballot et l'équipe de Marie Voignier dans le sud - est Cameroun m'ont permis de dégager quelques points intéressants sur la possible survivance et l'identité zoologique du Mokele - Mbembe ( en lingala - celui qui peut arrêter le flot de la rivière ).

1. Le vaste écosystème constitué par la forêt tropicale primaire et le système de quatre cours d'eau ( la Sangha, dans laquelle se jette le Ngoko, lui - même formé de la réunion du Dja et de la rivière Boumba ) paraît à même d'héberger une grande espèce d'animal aquatique ou semi - aquatique encore inconnue de la science.

2. Ces rivières sont larges et profondes, riches en alluvions et en matière organique en suspension, très poissonneuses; en l'absence de l'hippopotame, on peut envisager la présence in situ d'un gros animal herbivore dont les déjections nourrissent les micro - organismes, alevins et petits poissons, contribuant à la diversité des espèces, à la biomasse et à l'équilibre de l'écosystème fluvial.

3. Dans un environnement préservé encore peu perturbé par l'activité humaine, un animal de grande taille - dont l'identité zoologique reste à préciser - a pu vivre caché et n'a que peu évolué depuis des millions, voire des dizaines de millions d'années; il pourrait même s'agir d'un dinosaure sauropode, sa survivance ( au moins jusqu'à une date très récente ) ne contredit en rien les lois de l'évolutuion.

4. Le fait que toute une mythologie entoure le Mokele - Mbembe ne constitue pas un véritable argument ni pour ni contre son existence en tant quespèce biologique réelle. l'animal pourrait être une figure de l'imaginaire des pygmées, colportée à travers tout le bassin du Congo par les migrations des tribus.

5. Ce qui étonne le zoologiste, c'est qu'un gros animal n'ayant à craindre aucun prédateur - même pas l'homme - ne soit pas observé plus fréquemment sur son aire de distribution; celà pourrait indiquer une extinction récente, suite à une zoonose virale qui aurait eu pour effet de décimer l'espèce, mais peut - être certains individus isolés ont - ils pu survivre jusqu'à nos jours, ce qui expliquerait les nombreux témoignages d'observations recueillis par MM. Michel Ballot et William K. Gibbons au cours des dernières années.

6. Même si elle demeure très spéculative, l'hypothèse de la survivance d'un dinosaurien n'est pas à exclure.

Les forêts équatoriales du sud - est Cameroun font partie du bassin du Congo, la seconde forêt équatoriale du monde en terme de superficie après l'Amazonie.
Cet écosystème est riche en espèces animales. Dans la zone que nous avons visitée, on trouve le gorille des plaines ( Gorilla g. gorilla ) le chimpanzé ( Pan troglodytes ) l'éléphant de forêt ( Loxodonta africana cyclotis ) le léopard ( Panthera pardus ) le bongo ( Tragelaphus euryceros ) le buffle de forêt ( S yncercus nanus ) l'antilope de forêt (Cepholaphus ) le pangolin ( Manis ), des centaines d'espèces d'oiseaux comme le calao, le martin - pêcheur, ou le perroquet gris à queue rouge, dans les eaux, le crocodile commun ( Crocodylus nicolitus ) et le crocodile nain ( Osteolaemus tetraspis ), ainsi que la tortue Trionyx à long cou, le python de Seba sans oublier l'hippopotame en certains endroits et peut - être même le lamentin ( Trichechus ).
La forêt tropicale humide du bassin du Congo est l'une des dernières forêts originelles qui subsistent dans le monde. On sait par ailleurs que le climat y est resté chaud et stable depuis 200 millions d'années. Cette région était alors localisée au centre de la Pangée, le continent unique qui allait se scinder en Gondwana et Laurasia, à l'origine de nos continents actuels.
Les dinosaures vivaient alors dans des marais au milieu des prêles, de cycas et de fougères arborescentes. Au Trias ( vers 190 millions d'années ) le prosauropode Massospondylus était très commun dans ce qui allait devenir l'Afrique. Il avai une petite tête, un cou mince et flexible, mesurait 4 à 5 mètres de long, marchait sur ses quatre pattes, mais se dressait aussi sur ses membres postérieurs pour atteindre la végétation en hauteur ( un comportement qu' aurait, selon certains témoignages, également le Mokele - Mbembe ).
A noter que les paléontologues pensent que Massospondylus ingurgitait des galets qui aidaient à digérer les plantes coriaces. Mais on peut tout aussi bien imaginer qu'il le faisait à l'instar des crocodiles actuels pour se lester, car il passait sans doute une bonne partie de son temps dans l'eau comme le Mokele - Mbembe.
Au Crétacé, voici 75 millions d'années ( soit bien avant la fameuse extinction de masse ) l'apparition des plantes à fleurs ( angiospermes ) allait marquer l'avénement des grands arbres de la forêt, tels que nous les connaissons aujourd'hui : acajou, ébène afzéla ( doussié ), sapoli, moabi, bubinga et beaucoup d'autres essences.

Massospondylus

Parrallèlement, les grands ordres des mammifères placentaires se maettaient en place. Mais les conditions d'existence inchangées au sein d'un environnement stable ont pu permettre la survivance d'une ou plusieurs espèces de dinosaures.
Quand ils décrivent le Mokele - Mbembe, les pygmées Baka disent généralement que sa grosseur est celle de l'éléphant, qu'il a un long cou très flexible et une longue queue musculeuse comme celle d'un crocodile, une petite tête de lézard et un large dos proéminent. L'animal posséderait également toute une série de pointes dernmiques ( appelées griffes  par les pygmées ) le long du cou, du dos et de la queue. Tous ces faits font penser à un dinosaurien.
Les paléontologues prêtent une crête semblable à Dicraeosaurus, uns auropode du Trias tanzanien ( vers - 145 millions d'années ) dont un squelette bien conservé se trouve au Berliner Museum für Naturkunde. Sous - tendue par des épines, la crête partait de l'arrière du crâne et se prolongeait le long du cou et du dos, jusqu'au bout de la queue.

Dicraeosaurus

Des découvertes paléontologiques en des endroits aussi divers que la Mongolie, l'Angleterre où le Nouveau - Mexique ont récemment montré que certains dinosaures ont survécu à la grande extinction de la fin de l'ère Secondaire, voici 65 millions d'années.
De la même manière, un poisson comme le coelacanthe ( Latimeria ) découvert en 1938, est une copie conforme du Mawsonia  qui vivait au Crétacé.
Ainsi, il peut y avoir un intervalle de plusieurs dizaines de millions d'années entre le représentant d'un groupe connu à l'état fossile et son représentant actuel, si bien q'un groupe, tenu pour éteint, semble surgir du passé.
Les zoologues Ivan T. Sanderson ( 1949 ) et Bernard Heuvelmans ( 1955, 1985 ) ou le biologiste Roy P. Mackal ( 1987 ) ont évoqué à diverses reprises l'hypothèse dinosaurienne.
Si le Mokelé - Mbembé semble être un survivant de la préhistoire, voire un transfuge de l'ère Secondaire, sont identité zoologique n'est pas clairement définie. En dehors de l'hypothèse dinosaurienne on peut également évoquer la possibilité d'un grand varan, ou d'un mammifère ayant acquis la même forme corporelle par convergence évolutive.
Le plus grand varan actuellement est le Dragon de Komodo qui vit en Indonésie et mesure près de 3, 5 mètres de long : non loin de là, en Australie, un varan géant, le Megalania a vécu au Pleistocène, sans doute les premiers aborigènes l'ont - ils rencontré, voici 40.000 ans. Certaines estimations lui prêtent une taille de 7 mètres pour un poids de 2 tonnes. Mais les varans sont carnivores, alors que les pygmées affirment que le Mokélé - Mbembé mange principalement le malombo ( Landolphia ), dont le fruit est appelé chocolat sauvage. En outre, le varan pratique une nage serpentiforme en battant de la queue, ce qui ne correspond pas aux descriptions où l'animal émerge en présentant d'abord son dos, de couleur foncé.
Une autre hypothèse est celle du rhinocéros aquatique dont l'empreinte dans la vase serait tridactyle ( à 3 doigts ou orteils ) comme celle d'un dinosaurien; celà expliquerait aussi la corne dorsale décrite par certains témoins, mais il faudrait alors expliquer comment son cou a pu s'allonger, même si celà à pu par aailleurs le cas des ancêtres de la girafe, lesquels ont évolué jadis à partir d'artiodactyles au cou court. Cela dénoterait une spécialisation peu probable chez un rhinocéros, mais non point impossible...
Il peut aussi s'agir d'une espèce distincte du Mokélé - Mbembé diplodocoïde, en l'occurence l'Emela N'Touka ( en lingala, tueur d'éléphants ) plus agressif, avec une corne dont il se servirait pour empaler les éléphants...On connait des statuettes de cet animal plutôt mythique, à l'aspect composite, qui réunit les traits de l'éléphant, du rhinocéros, de l'hippopotame et du crocodile.
Un troisième cryptide, le M'rou n'gou ou panthère d'eau, aux canines de morse, serait également présent dans la Boumba.
Comme projette Michel Ballot de le faire, il serait indiqué d'établir un campement fixe, une sorte de planque, dans cette zone de la Boumba où il a déjà installé une valise - photo à déclenchement automatique. Mais d'autres Zones a Facteurs Ecologiques Favorables sur les bords du Dja, du Ngoko ou de la Sangha, sont également pometteuses.
Des dinosaures ont -ils réellement survécu jusqu'à nos jours en divers points du bassin du Congo, Ce n'est pas impossible.
Bien sûr il faut tenir compte du fait que certaines observations relèvent probablement d'une confusion avec des animaux connus, mais rares dans le secteur concerné, comme l'hippopotame ou encore le lamentin ( des témoignages font état  d'une sirène à queue de poisson ).
Tout animal mal vu, non reconnu d'emblée, peut faire ressurgir chez le témoin l'image du monstre dont parlent les traditions ancestrales, car l'émotion se déclenche d'emblée, la raison n'intervenant qu'ensuite pour la contrôler.
Il y a donc un aspect mythique du Mokelé - Mbembé, c'est plutôt bon signe d'ailleurs, car se sont les animaux ordinaires - et non point imaginaires - qui deviennent fabuleux. Mythe et réalité sont intraséquement mêlés.
Pour ce qui est de la prospection sur le terrain, il faut espérer que des preuvers autoscopiques ( empreintes non ambiguës, lambeaux de chair ou de peau, photographies de bonne qualité, dépouilles... ) viendront bien vite s'ajouter aux preuves testimoniales et circonstancielles dont disposent actuellement les chercheurs.
Tous mes voeux de réussite accompagnent les prochaines expéditions de MM Ballot et Gibbons.

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